Tâche 1 : Systèmes de territoires vivants

L’équipe (architecture, écologie, ethnologie) s’est constituée autour de l’utopie de « territoires vivants », reliant la notion de « vernaculaire contemporain » en architecture à l’évaluation écologique (l’hétérogénéité des formes du territoire est synonyme de biodiversité). L’ambition est d’élaborer des modèles en architecture qui prennent en compte l’histoire longue des territoires, la dynamique du bâti et de l’urbanisation en relation avec la disponibilité et la localisation des ressources naturelles et culturelles. L’hypothèse (l’utopie, l’esprit de projet de l’architecte et de l’écologue), à confronter au réel par l’enquête ethnologique, est la suivante : on peut imaginer des modes d’urbanisation qui re-vitalisent  les territoires. Ils sont le fruit d’une co-évolution « douce » entre le biologique et le social, ils portent les traces d’une organisation qui a longtemps imbriqué des collectifs sociaux et des communautés biologiques (flore et faune) vivantes, au sens où elles ne s’excluent pas, où leur dynamique de reproduction va de pair. Nous proposons de nommer ces formes d’organisation des « systèmes collectifs territorialisés ».  Peut-on s’en inspirer pour concevoir aujourd’hui des organisations urbaines vivantes ?

L’objectif est ambitieux et comporte une vraie prise de risque dans la collaboration entre les disciplines et dans l’interrogation d’un territoire par des outils de représentation originaux (hétérogénéité, ressources…).

L’utopie de « territoires vivants » s’inscrire dans une histoire architecturale, écologique, sociale et se projeter dans un futur collectivement vivable, où la cohabitation entre les hommes et la nature serait viable.

 

Architecture vernaculaire :

Les enquêtes ethnologiques sur l’habitat rural en France (Cuisenier[1]) ont révélé l’étroite relation entre des systèmes d’organisation collective et la disposition du bâti, et plus largement les  structures des territoires. Les logiques spatiales à l’œuvre, dans une lecture combinée et diachronique entre des formes d’organisation spatiale du bâti et des ressources locales spécifiques  peuvent- elles aujourd’hui fonder une nouvelle manière d’aborder les territoires ruraux ?  On entend par ressources, les  ressources naturelles (le « moule indigène » au sens de Benton MacKaye [2] : eau, géologie, topographie, climat, énergie…) et les ressources transformées (transports, énergie..).

Des séries de cartes (Cassini, le cadastre napoléonien, les cartes IGN 1960 et actuelles) permettent de questionner l’organisation actuelle du territoire, de comprendre des dynamiques de formes d’organisations urbaines et architecturales à l’œuvre et mettent en question des transformations possibles :

  • Le système hydrographique + les moulins à eau et à vent + l’urbanisation actuelle : la présence très forte des moulins sur la carte de Cassini donne une lecture du potentiel hydraulique et éolien du cadre naturel (ce qu’il a été et ce qu’il pourrait redevenir ?). En zoomant, on constate que certains sites offrant une convergence forte entre le système hydrographique et la présence de moulins ont laissé place à des implantations industrielles toujours importantes. C’est le cas de l’usine Saint-Gobain et de « l’île chimique » actuelle (comme l’appelle les habitants de Sinceny) qui fut structurante dans la construction morphologique du bourg de Sinceny. On cherchera donc à connaitre le rôle que joue encore aujourd’hui ce site malgré l’interruption des liens physique et programmatiques qui le constituaient.
  • Les canaux + les voies ferrées + l’urbanisation économique et commerciale : l’évidence d’une articulation forte entre implantation des zones économiques et commerciales et le système des canaux et des voies ferrées.
  • Les fermes + les terres agricoles + les agrégats bâtis : L’implantation des fermes à l’intérieur des bourgs (comme en Picardie) ou au milieu des terres agricoles  a fortement déterminé l’organisation spatiale des hameaux et bourgs (plus ou moins grande dispersion, création d’agrégats autour des fermes isolées, plus ou moins grande agrégation des villages intégrant les fermes[3]). Inventaires régionaux de l’habitat rural, réalisés sous la direction de Jean Cuisenier _MATP).

L’approche écologique

Elle part de l’hypothèse que l’hétérogénéité favorise la biodiversité. L’occupation du sol est cartographiée avec une légende la plus fine possible : différentes zones agricoles, forestières ou semi-naturelles, humides ou en eau, artificialisées, habitées, routes, voies ferrées. L’hétérogénéité de cette mosaïque est quantifiée dans une maille de 100 m de côté, par le nombre de types d’occupation des sols par maille et par le nombre d’unités d’OS par maille. C’est au niveau d’espace d’hétérogénéité maximum que des zooms sont proposés à l’équipe. La notion d’hétérogéniété est appréciée comme la capacité de proposer une diversité de ressources localisées et des connectivités multiples. A une échelle fine, des inventaires sont réalisés le long de transects choisis par l’équipe. (selon la théorie de l’écologie du paysage, Forman et Godron, Burel et Baudry)

Elle se développe à deux échelles, pour appréhender la réalité de l’hétérogénéité de l’occupation des sols du territoire et sa relation avec la valeur numérique et patrimoniale de la biodiversité et son origine :

  • Large, sur le large carré de 50 km pour appréhender la relation entre l’organisation écologique et l’hétérogénéité de l’occupation des sols, étudiée à partir du Corine Land Cover, du RGP, de la BD Carto, des données IFN…
  • Locale, le long de transect, pour détecter la valeur écologique à proximité des lieux habités et entretenus par différents habitants : espaces publics, bords de chemins, vergers de cœur d’îlot…

L’approche ethnologique

Elle combine la lecture de paysage et l’enquête.

Le rôle de l’enquête ethnologique est double :

  • comprendre, sur les sites choisis, la structuration et la dynamique des territoires, les formes de la relation et de l’attachement à ces territoires et plus particulièrement sous l’éclairage des rapports sociaux, par le prisme des rapports à la nature et au paysage
  • repérer des organisations paysagères (nature et société alliées) qui puissent inspirer des modèles d’urbanisation « éparpillée » et durable

Enquête et lecture de paysage combinées permettent de cerner les dynamiques sociales et culturelles (échelle de la mémoire des habitants), de comprendre les grands traits de l’organisation du territoire au travers du rapport que les habitants entretiennent avec la nature. Des extrapolations à partir de cas particuliers peuvent être énoncées et ouvrir à des hypothèses de projet. Par exemple :

  • les vergers péri et infra-urbains comme témoins-patrimoine d’une organisation à grande échelle en Picardie, quasi effacée du paysage agricole et périurbain aujourd’hui.
  • repérage de liens entre la déprise de  l’agriculture et une stratégie de diversification pour survivre, la présence accrue de populations urbaines à la campagne et des nouvelles interfaces à l’œuvre entre habitants et agriculteurs autour du vivant :
  • vente directe de légumes et de fruits (manger mieux et plus sûr, plus sain)
  • des animaux agents de liaison entre l’agricole et l’urbain, au statut complexe : tenir compagnie, tenir le paysage, produire (petit vivrier ?)

Interfaces et débats :

L’équipe s’accorde pour travailler à trois échelles par site: le carré (pour Urban Eco et IPRAUS c’est effectif, le Muséum expérimente), la petite région (un zoom autour d’une commune au sens élargi du terme), un transect local.

Héritage fragile mais plein de potentialités sur le plan écologique et social, les vergers péri et infra-urbains de Sinceny (Picardie) sont un exemple de système collectif territorialisé : très présents dans la mémoire collective des habitants, ils sont ils riches en hétérogénéité et en biodiversité, offrent une forme d’organisation spatiale de l’îlot intéressante. Les larges îlots avec vergers partagés en leur cœur, peuvent faire l’objet d’un « modèle » pour une urbanisation future qui intègrerait des systèmes collectifs : gestion de l’eau et de l’énergie, jardins potagers et vergers…

Les quartiers de petits vergers de Sinceny feront l’objet d’une recherche de master (2 M1 du Muséum) et d’un terrain pédagogique en commun (étudiantes et équipe IPRAUS_ URBAN ECO _ MUSEUM) : printemps-été 2014 .

Les étudiants de Paris Belleville ont travaillé d’octobre 2013 à janvier 2014 sur la commune de la Souterraine dans le cadre d’un studio de projet.  Ils sont partis à la recherche de situations propices à l’habitation du territoire, sa transformation à partir d’une prise en compte des ressources locales, naturelles et artificielles.

Deux stagiaires du Muséum vont travailler :

  • élaboration bibliographique sur la convergence entre les dynamiques de vergers (infra et péri-urbains), de potagers et de petit élevage urbain à Sainceny et la Souterraine.

Travail de terrain à Sinceny autour de la question des cœurs d’îlots entre paysage écologie et architecture.

 

[1] Cuisenier, Jean. La Tradition populaire. Paris: Presses universitaires de France, 1995.

[2] MacKaye, Benton. The New Exploration: A Philosophy of Regional Planning. 1928 Harcourt, Brace and Compagny. Harpers Ferry, W. Va.; Urbana-Champaign: Appalachian Trail Conference ; University of Illinois Press, 1990.

 

 

 

 

 

 

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