Tâche 2 : Morphologie et distribution de la population et des commerces

De la commune à l’agrégat

La commune est en France le plus petit échelon statistique et institutionnel généralisé à l’ensemble du territoire. Il apparait que « la dimension des communes […] est plus importante dans les zones d’habitat dispersé que dans celles d’habitat aggloméré » (Prats 2000 ). Ainsi en Limousin, les communes présentent une taille moyenne (23km²) presque trois fois plus importante qu’en Picardie (8.5 km²). On observe également une discontinuité des espaces bâtis dans une commune : lieux-dits, hameaux, villages, bourgs,…. issues de formes anciennes héritées du milieu agricole (Barrattucci, 2005 ). Dans les espaces d’urbanisation dispersée, l’utilisation de la commune comme unité de référence induit une importante simplification de leur analyse qui masque leur caractère dispersé, et la diversité de leurs configurations spatiales et sociales et de leur fonctionnement induit. Elle se révèle ainsi peu efficace. Afin de dépasser ce biais statistique il apparait primordial de travailler à un échelon plus fin se basant sur la morphologie et l’organisation des territoires communaux.

Critères morphologiques de délimitation des espaces bâtis

Le mot agglomération est défini réglementairement pour la première fois dans un décret relatif à la police de la circulation routière du 10 juillet 1954. Il s’agit d’« un groupement d’immeubles sinon contigus, du moins suffisamment rapprochés, situés en bordure de la voie publique et donnant à celle-ci l’aspect d’une rue » et formalisé par des panneaux marquant l’entrée et la sortie (décret du 30 juin 1972). Cette définition pose la question de la délimitation entre le bâti et le non bâti et les seuils à retenir pour le définir. Max Sorre, au cours des années 1950 cherche ainsi à déterminer  » à quel moment les espaces vides [entre les constructions] deviennent-ils assez importants pour que le village cesse d’exister ? » (Max Sorre, 1952 ).

Les critères de définition des agglomérations ou plus généralement des agrégats bâtis ne sont pas univoques. La distance permettant d’exprimer la discontinuité entre deux bâtiments varie en fonction des pays, des auteurs, et des contextes territoriaux :
– INSEE (France) : 200 mètres dans les agglomérations où la population supérieure ou égale à 2000 habitants
– Code de la route français : 200 mètres – INS (Belgique) : 50 à 100 mètres selon les régions
– Office of Population Censuses and Surveys (UK) : 50 mètres
– Max Sorre (Max Sorre, 1952 ) : 100 à 150 mètres

Agrégat bâti : Un agrégat est un ensemble bâti continu (morphologiquement et visuellement) dont les éléments construits sont situés à une distance inférieure à 100mètres. Un bâtiment isolé peut constituer à lui seul un agrégat. Une commune peut être composée de plusieurs agrégats. Les agrégats sont construits sur un SIG selon une démarche ascendante à partir de la couche bâtie de la BDTopo de l’IGN.

Les agrégats sont différenciés en fonction des programmes et de la population qu’ils accueillent :
– Habitat
– Activités commerciales
– Industrie
– Agriculture
– Mixtes

La population des agrégats est estimée en croisant des données « logements » géolocalisées issues des fichiers fonciers (CEREMA / DGFIP) et des données statistiques de population à la commune du recensement de l’INSEE . Les agrégats sont classés en fonction de leur population. Partant des seuils proposés par les travaux de Georges Chabot et Max Sorre, ainsi que des catégories développées par l’INSEE, nous proposons les classifications selon la discrétisation ci-contre.

L’observation du territoire sur la base des agrégats bâtis nous permet d’analyser finement la distribution de la population et des commerces, ainsi que les processus de construction des espaces urbanisés dans une approche diachronique.

Caractéristiques de l’occupation bâtie héritée du substrat rural

La dispersion des espaces bâtis est une caractéristique héritée du substrat rural. Le lien entre dispersion héritée et dissémination du bâti récent est observé à partir d’une analyse diachronique des processus d’urbanisation depuis les années 1960. Les questions posées portent sur :

– Les modes d’insertion des nouvelles constructions dans le tissu existant ;
– Les processus d’agrégation à partir des noyaux bâtis existants (habitat diffus, lotissement, zone d’aménagement,..): quelle pertinence de la notion d’étalement ?
– les caractéristiques morphologiques du substrat rural hérité ;
– l’évolution des densités de population et des emprises bâties.

 

Diffusion de la dynamique démographique

Le degré de corrélation entre dispersion du bâti héritée du substrat rural et diffusion de la dynamique démographique est évalué à partir des évolutions concernant :
– la distribution de la population au sein des différentes classes d’agrégats (granulométrie) ;
– la population des agrégats depuis les années 1960 : quels processus (développement endogène, perte de population, absorption d’autres agrégats, stagnation de la population….)

 

Dispersion des agrégats/Distribution des services

L’analyse de la distribution des commerces est réalisée à l’adresse. La construction des noyaux commerciaux est basée sur la proximité des commerces, leur nombre, le type de commerces (boulangerie, superette, supermarché, magasin de vêtements…) et les habitudes de fréquentation de chacun des types de commerces par les usagers (Babayou et Volatier 1998 ; Eymard et Séguin 2000 ). Les questions posées portent sur :
– la distribution des commerces : quels types de commerces pour quelle taille des agrégats ?
– la corrélation entre la distribution des commerces et la dispersion de l’habitat ;
– l’accessibilité potentielle aux commerces (grappes de proximité).

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